Outsider Art Magazine


mardi 31 mars 2015

ENTRETIEN: L’Art Brut et le dessin à Drawing Now

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Pour ce troisième jour de foire, AMA est allé à la rencontre de Jean-Pierre Ritsch-Fisch pour établir un premier bilan et en apprendre un peu plus sur le parcours du directeur de l’une des cinq plus importantes galeries du monde spécialisées dans l’Art Brut, ou ce que les Anglo-saxons qualifient d’ « Outsider Art ». Jean-Pierre Ritsch-Fisch attache une grande importance à la mise en valeur des œuvres de qualité, en se plaçant davantage dans le rôle du collectionneur que de marchand. Ce sont à la fois sa passion, son exigence et son respect des artistes et des collectionneurs qui l’ont hissé au rang des galeristes de référence mondiale en matière d’Art Brut. Conseillant de nombreux collectionneurs français et étrangers depuis près de 20 ans, la galerie a largement contribué au développement du marché de l’Art Brut dans le monde.

Quel est votre parcours ?
Ma mère collectionnait des porcelaines chinoises. Elle m’emmenait voir des expositions de temps en temps. Je me souviens notamment avoir vu le tombeau de Toutankhamon pour la première fois à Paris. Par la suite, alors que j’étais parti étudier en Suisse, j’ai eu la chance d’avoir un professeur de français-philo passionné d’art et collectionneur. Il m’a littéralement ouvert les yeux. Il nous a appris à discerner les artistes qui apporteraient vraiment quelque chose des suiveurs et des copieurs.

Parmi les évènements marquants, il y a également eu l’exposition « 60/72 » au Grand Palais où étaient présentés soixante artistes émergents. Ça a été un choc, j’ai su que je voulais collectionner et découvrir des artistes. Puis, j’ai commencé à rencontrer beaucoup d’entre eux : Monory, Venet, Dauriac…. J’achetais des œuvres à crédit pour me constituer une petite collection personnelle. Cependant, je devais gagner ma vie et je suis parti travailler dans l’entreprise familiale pendant quelques années. À 46 ans, un événement personnel a marqué un tournant décisif et a été le déclencheur pour me lancer dans ce métier. En 1996, j’ai décidé d’ouvrir une galerie à Strasbourg, une ville qui est à mon sens un carrefour où se croisent de nombreux clients internationaux. Mener cette galerie s’est révélé être un véritable sacerdoce.

Comment en êtes-vous venu à vous spécialiser dans l’Art Brut ?
L’événement de la donation Daniel Cordier en 1989 m’avait permis de découvrir des artistes d’Art Brut. J’ai eu une véritable révélation en découvrant des artistes comme Michel Nedjar. Leurs œuvres me semblaient plus vraies et plus fortes que les figuratifs narratifs de l’École de Paris. J’ai été un peu le premier sur le marché en France à me lancer spécifiquement dans l’Art Brut. J’ai défriché petit à petit, jusqu’à me constituer une collection digne d’intérêt et assez représentative de ce mouvement. J’ai gagné en légitimité et en notoriété. Antoine de Galbert, par exemple, m’avait honoré de sa confiance en m’achetant un Lesage.

Comment sélectionnez-vous les œuvres que vous présentez ? Qu’est ce qu’un artiste qui fera la différence et « apportera quelque chose » pour vous ?
J’ai toujours été très sectaire dans le choix de mes œuvres. Il faut effectivement qu’un artiste ait un impact réel sur ceux qui voient son œuvre, et sur l’Art en général. Une œuvre devient importante à partir du moment où elle modifie la perception de ce que l’on connaît déjà. Quelqu’un comme ACM par exemple, est un autodidacte que je représente en exclusivité depuis 25 ans. Il ne reste que cinq œuvres de lui disponibles. Je pense qu’il laissera une trace importante. D’ailleurs, sera présentée à Officiel FIAC, en octobre prochain, une œuvre muséale, une table composée de 22 œuvres.

Comment considérez-vous votre rôle de galeriste ?
Ce que je souhaite c’est d’abord transmettre une émotion que j’ai moi-même eue pour
l’œuvre avant même de parler d’une éventuelle transaction. On n’explique pas une œuvre, c’est du ressenti. Je dis toujours que l’on ne vend pas une œuvre, on vend une histoire.
Quand j’étais jeune, je souhaitais acquérir un Martial Raysse. Je me souviens que le
galeriste m’avait snobé et jeté dehors. Je me suis dit que ne ferai jamais une chose pareille. J’ai une clientèle de collectionneurs fidèles et confiants dans les choix que je leur soumets. Je suis très souvent chargé par des collectionneurs de trouver des œuvres spécifiquement pour eux. Je pense notamment à ces deux personnes âgées qui me confient le soin de trouver une œuvre coup de cœur à 2.000 € chaque année. C’est un défi que je relève avec persistance car j’aime cette idée de satisfaire leur désir d’art et leur volonté de construction de collection par passion, et ainsi, de contribuer à une diffusion d’art de qualité. Je suis contre cette idée d’achat par investissement à tout prix. Je sais que les collectionneurs que je fournis prendront soin des œuvres qu’ils m’achètent et que celles-ci s’épanouiront dans un environnement respectueux.

Quel rapport entretenez vous avec les artistes ?
La relation à l’artiste est primordiale. Les artistes d’Art Brut ont parfois besoin d’une attention particulière. On doit tisser un rapport privilégié avec eux et leur entourage. Il faut les respecter, ne pas les brusquer ou influer dans leur travail. Ce serait contraire à mon éthique. Il faut avoir de la considération pour ce qu’ils sont en tant qu’artistes libres et créateurs. Moi, je ne suis qu’un passeur. Par exemple, Hervé Bohnert, que je représente et qui est également boulanger-pâtissier, est un artiste avec qui j’ai bâti une relation de confiance mutuelle sur le long terme. Ce n’est qu’ainsi que j’envisage ce métier. La spéculation ne m’intéresse pas.

Le regard porté par les collectionneurs sur l’Art Brut a t-il évolué ?
Il y a eu une évolution, oui. Les collectionneurs d’art contemporain se sont rendus
compte que l’Art Brut trouvait une place évidente dans leurs collections. Les artistes du groupe Cobra disaient à juste titre : « Nous sommes les enfants normaux de l’Art Brut ».

Comment appréhendez-vous la transmission de votre passion ?
Mon fils ouvre une galerie d’Art Brut en Belgique. Actuellement il est au Japon à la
recherche de jeunes artistes contemporains.

Comment se déroule Art Paris jusqu’à présent ?
Plus que correctement ! Les visiteurs démontrent un réel intérêt pour nos œuvres et
nous avons vendu plusieurs pièces dès le premier jour d’ouverture de la foire.

Y a-t-il une galerie à Art Paris que vous appréciez particulièrement ?
Oui, la galerie Claude Bernard. J’aime énormément les œuvres de Sam Szafran qui y sont présentées.

Un mot de la fin ?
Je suis heureux tous les jours que Dieu fait quand j’ouvre ma galerie !

Source:http://fr.artmediaagency.com/111656/une-place-evidente-pour-lart-brut-entretien-avec-jean-pierre-ritsch-fisch/


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