Outsider Art Magazine


samedi 29 novembre 2014

Livre: « De l’art brut aux Beaux-Arts convulsifs » - une correspondance emballante entre le peintre Jean Dubuffet et l’écrivain Marcel Moreau

De l’art brut aux Beaux-Arts convulsifs – Correspondance entre Jean Dubuffet et Marcel Moreau (L’Atelier contemporain, préface de Nathalie Jungerman)

J’ai rendu compte ici déjà d’une correspondance que le peintre Jean Dubuffet avait entretenue avec Valère Novarina, homme de théâtre. La correspondance était très intéressante, qui dévoilait deux artistes en création.
Cette fois, L’Atelier contemporain publie la correspondance entre Dubuffet et l’auteur belge Marcel Moreau que je ne connaissais pas du tout : quelle découverte ! Où la correspondance précitée était forte, celle-ci est intense, passionnée, passionnante en ce qu’elle emmène le lecteur en des terres inconnues incandescentes qu’il désire aller, vite, visiter ! Alors, je n’ai pas encore pu depuis cette lecture aller voir les œuvres du peintre ni trouver des titres de Marcel Moreau pour les lire, mais je peux déjà rendre compte de ces échanges.
Dubuffet, peintre, fondateur de la Compagnie de l’Art Brut, Marcel Moreau, auteur belge prolixe (il écrit dans une de ses lettres « je vais publier cinq ouvrages dans les prochains mois » !) – à son actif une soixantaine de livres aux titres étonnants : « l’Ivre Livre », « A dos de Dieu ou l’ordre lyrique », « Sacre de la femme », « Discours contre les entraves », « Le Grouilloucouillou » (avec R. Topor)… 

Jean Dubuffet
L’introduction nous dit que Moreau a fait la connaissance de Dubuffet grâce à un de ses lecteurs. S’ensuit une correspondance et une amitié nourries, où l’admiration est réciproque, exprimée, développée.
« Votre œuvre est comme un cerveau visible, jeté fumant dans l’espace. Devant vos toiles, vos sculptures, j’ai l’impression de voir gonfler, éclater, se multiplier à l’infini ses circonvolutions, saisies par la couleur, sectionnées soudain, rétablies plus loin dans leur tumescence», écrit à mon avis fort justement Moreau à Dubuffet.
Et Dubuffet n’est pas en reste : « ‘…vous enflammez tout sur votre vaillant passage, vous donnez à la vie son sens et son éclat(…). Vos extraordinaires trouvailles de formulation agissent comme des lance-fusées. »

Marcel Moreau

Coucou bazar, oeuvre de Jean Dubuffet
Qu’est-ce qui unit ces artistes ? Je dirais que c’est peut-être la transgression, par-delà cette admiration, l’absence de limites, des œuvres en liberté contre « les discours anorexiques », « les accroupissements célébrés comme des figures de style », « les idôlatries »…
Ce sont semble t-il deux êtres qui partagent le limon de la solitude en laquelle puiser les éléments constitutifs de l’œuvre, même si Moreau paraît être plus affamé de vie dans toute sa sensualité. Ainsi écrit-il à Dubuffet au cours de l’été 1973 (lettre qu’il éprouve le besoin de remanier en 2013 car il estime ne pas avoir été à la hauteur) :
« Cher Jean Dubuffet,
Je reviens de New York
J’ai les crevasses interdentaires pleines de déchets de building et l’haleine bourbonneuse
Vu à Guggenheim transformé en arène votre sismomachie
A Manhattan vos arbres d’impendaison qu’un suicidaire, une corde à la main, contemplait hébété radieux (…) ».
Frères « d’aller ensemble à une même source de vie, en attendant d’être posthumément ressemblants », ces deux-là se sont encouragés, aimés de belle amitié de 1969 à la mort du peintre en 1984, et le compagnonnage que ce recueil offre nous élève l’esprit en fête des mots et liberté de pensée, car ces hommes partagent une même conception d’un art qui danse, instinctif et né de l’intelligence vive. Certaines lettres se lisent et se relisent, ce que les quelques quatre-vingt pages du recueil favorisent sans peine.
Véronique Poirson
Merci à François-Marie Deyrolle, de l’Atelier contemporain.
source:http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2014/11/18/de-lart-brut-aux-beaux-arts-convulsifs-une-correspondance-emballante-entre-le-peintre-jean-dubuffet-et-lecrivain-marcel-moreau/


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