Outsider Art Magazine


vendredi 31 octobre 2014

Art brut: la collection abcd se dévoile


Carlo Zinelli, Sans titre, vers 1962, gouache sur papier, 35 x 50 cm (©Collection abcd)

La Maison Rouge, à Paris, expose les fleurons de la collection d’Art Brut constituée depuis quarante ans par Bruno Decharme, qui a aussi créé l’association abcd, laboratoire de réflexion destiné à faire rayonner cet art singulier.













Qui l'eut cru ? Alors qu'il était un domaine confidentiel, réservé à une poignée de passionnés, ignoré voire un peu méprisé par les musées et les historiens d'art, l'Art Brut est devenu un phénomène de mode ! Voilà qu'il est intégré au sein d'institutions ou d'expositions d'art contemporain, comme la dernière Biennale deVenise, voilà qu'il a ses foires et ses galeries spécialisées, voilà que le marché s'emballe... On peut se réjouir de cette visibilité nouvelle. On peut aussi craindre, pour cette catégorie toujours aussi malaisée à définir, les pires amalgames, et pour les personnes fragiles que sont ses créateurs, tous les abus, de la part de certains marchands sans scrupules. Aussi est-ce le moment de rendre hommage aux collectionneurs pionniers, au premier rang desquels il faut distinguer Bruno Decharme, invité à présenter sa collection par Antoine de Galbert dans sa Maison Rouge

Bruno Decharme a constitué la plus importante collection privée d'Art Brut au monde. Initiée il y a trente-cinq ans, elle compte quelque trois mille cinq cents pièces de trois cents artistes, provenant de plusieurs pays et allant du milieu du XIXe siècle à aujourd'hui. Nous le rencontrons au café de La Maison Rouge. La soixantaine épanouie, c'est un homme franc et chaleureux, disert, au discours vif et limpide. En toute logique, il commence à raconter ses débuts, dans les années 1970 où, apprenti cinéaste, il est assistant de Jacques Tati, et où il suit les cours des Althusser, Deleuze, Lacan, Foucault, Derrida et autres réinventeurs de la pensée philosophique, qui le prédisposent à se mettre en quête d'un art « autre ». D'autant qu'il s'ennuie ferme en histoire de l'art. Il entend alors parler de Michel Thévoz qui, à Lausanne, enseigne l'Art Brut, à travers les concepts de cette pensée nouvelle. En 1977, il visite la collection fabuleuse que Jean Dubuffet venait de léguer à cette ville. Il découvre « avec émerveillement des oeuvres venues d'une autre planète ». Le hasard (?) le fait tomber sur un dessin d'Adolf Wölfli « vendu au prix d'une carte postale » ! Ce premier achat sera suivi de beaucoup d'autres : « J'avais attrapé le virus ».





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