Outsider Art Magazine


mardi 4 février 2014

Droit au brut: deux expositions parisiennes témoignent de l’engouement pour l'art brut

Je ne sais pas ce qu'il faut penser de l'engouement actuel pour les arts en marge et en particulier pour l'art brut... Néo-snobisme de certaines "élites" intellectuelles en mal de singularité ou avènement d'un véritable attrait pour cette forme artistique créative et expressive ? A votre avis ?

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L’art brut revient en force dans la capitale, à côté de l’hommage que lui rend la Halle Saint-Pierre, en présentant «Raw Vision, 25 ans d’art brut», deux autres expositions témoignent de l’engouement pour cet art «hors norme», «hors circuit». L’une au musée Singer-Polignac (1), dans l’enceinte de l’hôpital Sainte-Anne, spécialisé en psychiatrie et, la seconde, à la galerie Christian Berst spécialisée, elle, en art brut.
L’hôpital expose un ensemble d’œuvres appartenant à la collection d’Alain Bourbonnais, créateur de la Fabuloserie, qui fête ses 30 ans d’existence. Dans le sillage de Jean Dubuffet, Alain Bourbonnais (1925-1988), soutient l’art brut en ouvrant tout d’abord une galerie en 1972, à Paris, qui, au fil des ans, se transforme progressivement en collection, qu’il finit par transférer en 1982  à Dicy, un village de l’Yonne, où elle prend le nom de La Fabuloserie.

Pour cet anniversaire, l’institution médicale, propose une centaine d’œuvres, de vingt-six artistes, certains célèbres -Aloïse Corbaz, Michel Nedjar ou Janko Domsic- et d'autres moins connus tel cet anonyme dit «Pierrot le Fou» ou encore Thomas Boixo, qui fut interné jusqu’à sa mort au service psychiatrique de l’hôpital d’Amiens. Ancien charpentier, ce talentueux aquarelliste crée des architectures fantastiques, mais aussi des maquettes d’avions ou de bâtiments. C’est le psychologue Philippe Mahaut (1950) qui a offert ces œuvres sur papier à Bourdonnais, ainsi qu’un ensemble de ses dessins issus de la série Paramorphoses, des architectures fantasmagoriques qui résonnent côte-à-côte.
 
«Villaduc», octobre 1979, de Philippe Mahaut. Photo Jean-François Hamon

On admire aussi le monde de Thérèse Bonnelalbay (1931-1980), qu’elle fait surgir à l’encre de Chine, entre abstraction et figuration. Mais aussi, Janko Domsic (1915-1983) qui dessine et écrit énormément, et que l’on retrouve dans l’accrochage collectif de Christian Berst, consacré au Lointain (2). Cette exposition réunit les œuvres de treize figures de l’art brut classiques (Adolf Wölfli, Joseph Barbiero…) ou plus contemporains (George Widener, Melvin Way, John Devlin…). Tous ont en commun la création pour rendre leur monde plus «habitable», en appelant parfois à d’autres mondes -ésotérisme, religion, mathématique, ovnis.

Christian Berst ouvre la voie, ou les voies, avec les prières de Jill Gallieni, quasiment impossible à déchiffrer. Certains imaginent des territoires, des au-delà, cryptés par des signes ou des formules mathématiques (Melvin Way, peignent des OVNI multicolores (Ionel Talpazan) ou se laissent guider par sa médiumnité (Patricia Salen). 

(1) «Un autre regard», Musée Singer-Polignac, Centre d’étude de l’expression, Centre hospitalier Sainte-Anne, 1, rue Cabanis, 75014. Rens.: 01 45 89 21 51. Du mercredi au dimanche de 14 heures à 19 heures, le jeudi jusqu’à 21 heures. Entrée libre. Jusqu’au 16 février.
(2) «Le Lointain», Galerie Christian Berst, 3-5, Passage des Gravilliers, 75003. Rens.: 01 53 33 01 70. Jusqu’au 1er mars. 
Dominique POIRET
 
 
Source: http://next.liberation.fr


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